Les Médinas des Sultanats historiques des Comores
« Les médinas des Sultanats historiques des Comores » ont été inscrites sur la Liste du patrimoine mondial en 2026, lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial, au titre des critères (iii) et (iv). Ce bien culturel en série réunit six villes historiques des îles de Ngazidja et de Ndzuwani, sur 30,47 hectares, avec une zone tampon de 131,68 hectares.
C’est la première contribution des Comores pour enrichir la Liste du Patrimoine mondial. Le Collectif du Patrimoine des Comores est fier d’avoir soutenu et contribué à cette aventure.
Toutes les informations sur la Convention du Patrimoine mondial, sur les textes officielles et sur « Les médinas des Sultanats historiques des Comores », sur comment protéger et gérer sont accessibles sur le site du Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Issues de noyaux urbains apparus au moins dès le XIe siècle, devenues des cités-États aux XIVe et XVe siècles, « Les médinas des Sultanats historiques des Comores » furent les principaux centres urbains des sultanats de l'archipel. Leurs formes urbaines insulaires et leur architecture témoignent des échanges liés aux réseaux commerciaux de l'océan Indien.
Les six médinas des Sultanats historiques des Comores sont
Ngazidja / Grande Comores
Moroni / Sultanat de Bambao
Ntsudjini / Sultanat d’Itsandra
Itsandra / Sultanat d’Itsandra
Ikoni / Sultanat de Bambao
Ndzouani / Anjouan
Mutsamudu / Sultanat de Ndzuwani
Domoni / Sultanat de Ndzuwani
Un bien inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial doit justifier d’une Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) qui doit être respectée, conservée, valorisée et gérée.
Cette Valeur Universelle Exceptionnelle est déclarée et validée au moment de l’inscription officielle. Elle a un caractère juridique et toutes les évolutions des médinas doivent la prendre en compte pour assurer leur conservation mais aussi valoriser les médinas et améliorer le quotidien des usagers et visiteurs. Cette valeur comprend une description des Médinas, des critères détaillées, une analyse de l’authenticité et de l’intégrité et des éléments sur la protection et gestion. La responsabilité de gérer, conserver valoriser revient à l’État appuyé par les gouvernorats, les mairies, la société civile, réseau de professionnels, associations, habitants, secteur privé et publique.
Les villes des Sultanats forment des entités remarquables, encore pleinement visibles et vivantes, qui se sont développées dans un contexte régional marqué par les échanges maritimes et la transmission de multiples traditions culturelles. Les médinas comoriennes offrent un aperçu cohérent des villes historiques swahilies aux Comores depuis la première capitale de Domoni à Ndzuwani, datant du XIV-XVème siècle, jusqu’à la dernière capitale sultanesque à Moroni au XIXème siècle, sur l’île de Ngazidja. Ces villes n’ont pas été renouvelées dans la période omanaise, comme Lamu ou Zanzibar et n’ont pas été remodelées en époque coloniale.
Valeur Universelle Exceptionnelle des Médinas des Sultanats Historiques des Comores est :
Brève synthèse
Ce bien en série comprend les parties les mieux préservées de six villes historiques situées sur les îles Ngazidja et Ndzuwani, aux Comores. Ces villes se développèrent à partir de noyaux urbains apparus au moins vers le XIe siècle et qui évoluèrent en cités-États autour des XIVe et XVe siècles, pour devenir finalement les principaux centres urbains des sultanats établis dans l’archipel des Comores, dans le contexte de la formation d’une élite musulmane liée au monde swahili. Cet ensemble patrimonial, qui englobe des éléments urbains, architecturaux et immatériels, reflète la richesse et la spécificité de la tradition culturelle swahilie dans le contexte insulaire comorien. Les anciennes médinas sultanesques ont conservé leur morphologie et leur tissu urbain d’autrefois, ainsi qu’un ensemble exceptionnel de traditions et de pratiques sociales encore vivantes aujourd’hui.
Les médinas, avec leur tissu urbain compact, leurs palais et leurs places publiques (bangwe, mpangahari) disposés de manière centrale, leurs maisons en pierre et leurs ouvrages défensifs, témoignent de formes urbaines insulaires et d’expressions architecturales issues des échanges culturels liés aux migrations et aux réseaux commerciaux de l’océan Indien, tout en reflétant une logique spatiale dictée par un système hiérarchique d’organisation sociale fondé sur des coutumes matrilinéaires et matrilocales, des systèmes de groupes d’âge et des traditions islamiques patrilinéaires. Les villes historiques comoriennes, bien que fondées sur les mêmes bases culturelles et sociales fondamentales, évoluèrent selon des trajectoires distinctes façonnées par leurs contextes géographiques, politiques, sociaux et historiques.
Critère (iii) : Les médinas des Sultanats historiques des Comores constituent un témoignage exceptionnel sur les traditions culturelles vivantes et les pratiques sociales de l’archipel des Comores qui, en raison de sa situation géographique et de son histoire complexe, est devenu un carrefour pour des peuples d’origines diverses, entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe, reliés par l’océan Indien. Les structures sociales hiérarchisées de la société comorienne, fondées sur une synthèse de coutumes matrilinéaires et matrilocales et de traditions islamiques patrilinéaires, se reflètent dans l’organisation urbaine des médinas, qui servent de cadre à la vie sociale et aux célébrations qui marquent les étapes de la vie des hommes et des femmes, et qui, à leur tour, donnent un sens au patrimoine matériel.
Critère (iv) : Les médinas des Sultanats historiques des Comores constituent un ensemble de réponses architecturales et paysagères singulières qui témoignent collectivement de l’originalité des traditions urbaines comoriennes, qui adaptèrent les influences arabo-chiraziennes au contexte géographique local et les combinèrent avec les structures sociales africaines et les modèles de vie en commun. Grâce à des contributions complémentaires en matière d’architecture, d’art, de systèmes défensifs et d’aménagement paysager, créées au sein d’une matrice culturelle commune, les éléments constitutifs illustrent les origines et l’évolution de l’urbanisme aux Comores, liées à l’arrivée de l’islam, qui a marqué une phase culturelle importante dans l’histoire de la région de l’océan Indien, ainsi qu’une période historique qui a vu le développement de l’interaction et des échanges entre les cultures africaines, le monde arabo-musulman et différentes puissances européennes, et la progressive intégration de la région dans le contexte maritime mondial.
Intégrité
Si les médinas comoriennes de la série partagent des bases historiques et socioculturelles qui les structurent, les éléments constitutifs mettent en évidence la diversité des réponses architecturales, artistiques et urbanistiques. Chacune de ces médinas contribue individuellement à la série par l’intensité et les modalités variables des échanges extérieurs qui, conjugués à leur adaptation à des contextes géographiques et insulaires spécifiques, ont généré des formes urbaines et des identités stylistiques distinctes.
Les éléments constitutifs comprennent les parties les mieux préservées, mais suffisamment étendues, de chaque médina, les zones intra-muros restantes et une partie de l’environnement immédiat étant intégrées dans les zones tampons. Le bien en série conserve une grande intégrité sur le plan de la morphologie urbaine et du système d’espaces et de centres religieux et socioculturels. Toutefois, les éléments structurels bâtis les plus anciens (palais, remparts, mosquées historiques) sont très vulnérables, et plusieurs d’entre eux sont gravement délabrés. Les liens visuels entre les villes et les principaux éléments de leur environnement naturel (volcans, collines, mer), le cadre géographique et la connexion maritime avec les villes sont des éléments qui jouent un rôle fonctionnel important pour soutenir la protection du bien.
Authenticité
La morphologie urbaine et l’esprit des médinas restent très présents dans les six éléments constitutifs du bien, et l’authenticité de leur usage et de leur fonction est également très élevée. Cependant, l’authenticité du tissu matériel des villes historiques a été partiellement compromise, en particulier là où des reconstructions en béton ont été réalisées. La disparition progressive des savoir-faire traditionnels et le remplacement massif des matériaux constituent de graves menaces pour l’authenticité du bien en série.
Sur le plan historique, les parties intra-muros des médinas n’ont pas été radicalement transformées ou remodelées, mais les zones situées à l’extérieur des remparts ont été altérées à l’époque moderne. Le lien entre les centres urbains et la mer n’est plus entièrement préservé aujourd’hui en raison des aménagements modernes. De plus, aucune des médinas n’a conservé le contexte commercial maritime qui les caractérisait à l’époque des sultanats.
Le patrimoine immatériel structure encore actuellement les villes historiques et donne un sens aux espaces publics et privés au sein des médinas. Le système coutumier en fait des espaces vivants d’éducation civique et morale.
Éléments requis en matière de protection et de gestion
Le bien en série est protégé par la loi n° 20-033/AU de 2020 portant sur la protection du patrimoine culturel et naturel en Union des Comores, promulguée par le décret présidentiel n° 21-013/PR. L’aménagement au sein des éléments constitutifs est régi par le Code de l’urbanisme et de l’habitat de 1986, révisé en 2011 par la loi n° 11-026 relative à l’urbanisme et à la construction en Union des Comores. Ces deux textes législatifs doivent être complétés par des textes réglementaires, actuellement en préparation. La loi-cadre relative à l’environnement n° 94-018, amendée en 1995, réglemente l’environnement paysager. Les lois coutumières, religieuses et traditionnelles s’appliquent également dans tous les éléments constitutifs.
Le cadre législatif nécessaire à la création d’un inventaire national a été mis en place par la création de la Commission nationale de Protection du Patrimoine Culturel (CNPPC), chargée de définir, de mettre en œuvre et de suivre la politique de protection du patrimoine. Cela permettra l’inscription ou le classement des éléments constitutifs et le renforcement de leur protection au plus haut niveau national, ce qui reste à réaliser. L’Office national de Valorisation du Patrimoine (ONVP) est chargé de mobiliser les ressources financières nécessaires pour la gestion, la valorisation et la promotion touristique.
Les instruments de planification urbaine (tels que les Schémas d’Aménagement Territorial (SAT) ou les Plans de Développement Urbain (PDU)) ne sont pas encore en place ou sont en cours d’élaboration.
Quatre ministères principaux sont impliqués dans les différents aspects de la gestion de ce bien en série : le ministère de la Jeunesse, de l’Emploi, du Travail, des Sports, des Arts et de la Culture (préservation, conservation et mise en valeur des monuments historiques et des sites) ; le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement, de la Recherche scientifique, de la Formation et de l’Insertion professionnelle (recherche scientifique et formation) ; le ministère de l’Environnement, chargé du Tourisme ; et le ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, chargé des Affaires foncières et des Transports terrestres. Le Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique (CNDRS), établissement public à caractère scientifique et culturel, assure la coordination des activités entre les différentes parties prenantes.
Les six éléments constitutifs relèvent sur le plan administratif de six communes réparties dans quatre préfectures, dont le mandat sur ce bien en série est toutefois limité, car la plupart des terrains sont des propriétés privées ou font partie du domaine communal.
Le système traditionnel de gestion est principalement mis en œuvre par le biais des Comités de développement villageois. Les organisations de la société civile jouent un rôle actif dans la mise en œuvre des politiques publiques au niveau local et sont officiellement intégrées dans le système de gestion par la nomination, parmi leurs membres, de gestionnaires de sites.
Le plan de gestion, assorti d’un plan d’action couvrant la période 2025-2034, est subdivisé en deux phases et est actuellement mis en œuvre.
Sources Centre du Patrimoine mondial/UNESCO
La sérialité du bien candidat permet de prendre en compte les principaux sièges des Sultanats sur les deux îles de Ngazidja et de Ndzuwani et de donner une représentation du contexte géographique et politique de l’archipel à cette époque. Les six secteurs candidats forment une série cohérente qui préserve des vestiges des différents types de structures associés avec les cités des sultans et qui matérialise l’importance et les spécificités des villes comoriennes dans le contexte de la civilisation swahilie.